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Au revoir Monsieur Maitre…


Arrivé à la FIM en décembre1978 pour une mission de courte durée, Guy Maitre  Directeur Général de la FIM revient sur les moments forts de sa passionnante carrière, à la veille de son départ en retraite, cinq présidents et trente trois ans plus tard !

Pouvez-vous nous raconter vos débuts à la FIM ?
Je suis arrivé à la FIM par le plus grand des hasards. Le Secrétaire Général de l’époque avait donné sa démission et le Président Don Nicolas Rodil Del Valle cherchait quelqu’un pour réviser les statuts. J’avais fait un peu de droit international dans le cadre de mes études et j’ai été engagé de façon tout à fait temporaire comme assistant du Président. Très vite il m’a confié l’organisation du Congrès du 75ème anniversaire de la FIM qui devait se dérouler l’année suivante à Montreux. C’était une découverte pour moi qui pratiquait plutôt l’athlétisme, le football et le rugby, et bien qu’ayant roulé à scooter pendant mes étude je ne connaissais absolument rien à la moto. Je dois dire qu’à l’époque c’était un gros handicap, aujourd’hui il est plus facile de se passer d’une connaissance préalable du monde de la moto.

Comment la FIM était t-elle constituée à votre arrivée ?
En décembre 1978 la FIM était composée de cinq secrétaires, quatre femmes et un homme, 45 fédérations nationales affiliées et un budget d’environ 850 000 francs suisses. Pour vous donner un ordre d’idée, en 2011 l’effectif du staff de la FIM est de trente trois personnes, 103 fédérations nationales affiliées et pour la première fois cette année, notre budget a franchi la barre des 21 millions.

Quelles ont été les grandes étapes de votre carrière à la FIM ?
Je suis arrivé à la fin d’une époque et au commencement d’une nouvelle. Le Président souhaitait restructurer l’administration pour regrouper les commissions dont certaines étaient dispersées géographiquement ; par exemple la commission de courses sur piste se trouvait à Berlin. Le plus grand changement de cette époque fut l’arrivée de la télévision et surtout la prise de conscience qu’il fallait centraliser les droits. Chaque organisateur était détenteur des droits TV et commerciaux de son Grand Prix. L’Eurovision devait négocier avec les différents organisateurs pour pouvoir retransmettre les courses, qu’il s’agisse des Grand Prix, du Motocross, du Speedway etc...Nous avons pris conscience qu’il de devait y avoir qu’un seul interlocuteur en face des TV et des sponsors, la FIM. Nous nous sommes lancés dans une bataille au sein de la famille FIM pour reprendre aux fédérations nationales la gestion des droits TV et des droits commerciaux. Il nous fallait leur faire comprendre que ces droits auraient plus de valeur en étant centralisés plutôt qu’éparpillés. Ce fut la lutte des années 80. Le premier contrat que nous avons signé avec la société italienne OPIT pour les Grand Prix a été un fiasco. Les fédérations se sont opposées à ce contrat et cela s’est soldé par un procès. Vers la fin des années 80, il y a eu un deuxième contrat pour un tout nouveau championnat, le Superbike pour lequel la FIM a d’emblée décidé de gérer les droits. La première grande étape de ma carrière a donc été de négocier avec les fédérations nationales qui voyaient d’un très mauvais œil que la FIM vienne marcher sur leurs plates-bandes.

Comment l’administration de la FIM s’est t-elle transformée pendant cette étape importante ?
Je dirais que les choses se sont ensuite enchaînées naturellement. Le sport s’est développé considérablement et a pris de l’ampleur grâce à la diffusion télévisée des championnats du monde et. Début mars 1981, j’ai été nommé Secrétaire Général et j’ai convaincu le Conseil de Direction qu’il fallait doter cette Fédération Internationale d’une administration solide ce qui n’était pas le cas à l’époque. Le staff est passé de cinq à treize quand nous avons déménagé le siège de la FIM à Mies, en décembre 1994. Des secrétaires de commission ont été embauchés ; ils étaient les précurseurs des coordinateurs actuels. A cette époque il y avait moins de championnats mais nous n’avions pas de promoteurs et il fallait donc tout faire. Les fédérations nationales organisaient elles-mêmes les épreuves de Championnats du Monde et chaque commission de la FIM aidait à la coordination.

Comment avez-vous vécu les différents changements de Présidence intervenus au cours de votre carrière?
Tous les présidents avec lesquels j’ai travaillé ont joué un rôle important à la FIM. J’ai débuté ma carrière aux côtés du président Rodil qui m’a en quelque sorte « intronisé », il m’a beaucoup appris et transmis son expérience. Avec le recul je peux dire qu’il a été un père spirituel, mon mentor. Au cours de ma carrière j’ai côtoyé cinq présidents dotés de personnalités fort différentes : Nicolas Rodil del Valle (Espagnol), Nicolas Schmidt (Luxembourgois), Jos Vaessen (Néerlandais), Francesco Zerbi (Italien) et Vito Ippolito (Vénézuélien). L’avantage était que nous nous connaissions déjà. Je les avais connus dans des fonctions différentes et eux me connaissaient déjà comme Secrétaire Général. Chaque fois, nous sommes parvenus à former des binômes relativement harmonieux ; c’est primordial pour que les choses évoluent dans le bon sens. Je crois que les différents présidents ont apprécié mes qualités professionnelles et m’ont fait confiance. Nous avons trouvé un « modus vivendi » basé sur le respect mutuel en évitant de marcher sur nos plates-bandes respectives et je dois dire que cela a assez bien fonctionné. Tous ces présidents avaient conscience d’être de passage, alors que l’administration symbolise la continuité.

Nicolas Rodil a été un très grand président, il était un visionnaire qui voyait le potentiel sur le très long terme de la FIM. Il a été l’un des premiers à comprendre l’importance de la télévision dans le sport. Il fut l’un des premiers à dire, « il faut aller voir les Japonais chez eux », ce qui pour l’époque était assez révolutionnaire. J’ai eu la chance de pouvoir faire partie de ce premier voyage en avril 1980. Nous sommes allés en Chine, puis au Japon à la rencontre des quatre grands constructeurs. Rodil avait compris que l’Asie serait le grand pôle de développement du motocyclisme. J’étais alors un jeune homme de 30 ans et j’ai eu le privilège de rencontrer Monsieur Honda.

Comment définiriez vous le rôle du Directeur Général de la FIM par rapport à celui du Président?
Le Directeur Général de la FIM est celui qui fait en sorte que du point de vue opérationnel la maison FIM fonctionne et donne satisfaction. L’administration est un organisme de services : nous sommes au service de nos fédérations nationales qui sont nos membres et nous sommes aussi au service du sport et du motocyclisme non-sportif. Il faut que tout fonctionne, la formation des officiels, les commissions, les finances, tout se qu’on ne voit pas de la FIM. Le DG rapporte au Président et au Conseil de Direction. Il est le patron de l’opérationnel mais il reste en dehors des questions politiques. On peut dire que la FIM va bien quand l’administration n’est pas visible, nous sommes derrière le décor dans l’ombre, c’est le sport qui compte !

Quels sont les sportifs que vous admirez le plus ?
De nombreux coureurs m’ont énormément marqué. Le premier d’entre eux était alors représentant des coureurs dans la commission de courses sur route, un personnage très charismatique c’était Barry Sheene. Je me souviens que lors du Congrès de Montreux je l’avais vu arriver dans une Rolls Royce blanche, cela m’avait beaucoup impressionné. J’ai appris par la suite qu’il avait un accord avec Rolle Royce et que partout où il allait de part le monde une Rolls Royce blanche l’attendait ! J’ai aussi été marqué par un pilote Russe de course sur glace, plusieurs fois Champion du Monde qui s’appelait Bandarenko, il était issu de la filière de l’armée rouge. Il était un spécialiste de « l’extérieur » de la piste de glace. Lorsqu’il n’était pas devant il accélérait plus que les autres pour reprendre l’avantage, c’était un coureur éblouissant, Je me rappelle qu’il avait été blessé par les clous d’une roue d’un de ses rivaux, mais il était au départ le lendemain pour la finale avec sa jambe fraîchement recousue, un vrai « dur à cuire » ! Plus récemment maintenant, il y a beaucoup de coureurs qui me fascinent comme Valentino Rossi qui marque notre époque. Notre sport, comme tous les sports, à besoin de personnages charismatiques. Les coureurs qui transmettent une humanité ou des valeurs en marge de leur talent m’inspirent. J’ai aussi énormément de respect pour les pilotes Finlandais d’Enduro, Salminen bien entendu mais aussi tous les autres. Ils sont très endurants, durs au mal, ils forcent l’admiration.

Quel est votre plus mauvais souvenir ?
J’ai été dès mes débuts confronté à des situations difficiles. A l’occasion du Congrès de Montreux je marchais dans les couloirs du centre des Congrès et je vois alors un sticker « World Series ». Cela a été mon baptême du feu, c’est là que j’ai compris qu’il y avait une fronde des coureurs contre la FIM, contre de graves erreurs que la FIM avait commises à l’époque. L’incapacité pour la FIM à un certain moment à gérer la sécurité sur les circuits, d’être à la hauteur de ce que les coureurs attendaient d’elle puisqu’ils risquaient leur vie. Cette fronde a duré très longtemps, il  fallu des menaces de grèves de la part des coureurs, il a fallut la création de l’IRTA (International Racing Team Association) pour que la FIM prenne conscience de la nécessité de changer un certain nombre de choses. Luigi Brenni, alors président la commission de courses sur route, a joué un rôle prépondérant pour l’amélioration des conditions de sécurité des circuits. L’arrivée des promoteurs a été la conséquence de la prise de conscience pour la FIM qu’elle ne pouvait plus assurer seule l’organisation des Championnats Monde et assumer seule, avec les fédérations nationales, toutes les responsabilités organisationnelles. Au Congrès de Budapest, puis à celui de Nouvelle Zélande nous avons été contraints, il faut le dire de trouver des solutions pour partager nos responsabilités avec un promoteur pour les Grands Prix. Pour le Superbike il y avait déjà un promoteur. Puis les choses se sont déroulées sur le même modèle dès le milieu des années 90 pour le Motocross, etc. C’est un mauvais souvenir car il a fallu faire évoluer les mentalités au sein de la FIM et je pense que c’est la chose la plus difficile à réaliser. Dans n’importe de quelle entreprise ou organisation, lorsqu’il faut faire évoluer un modèle qui n’est plus adapté, il y a toujours des « pleurs et des grincements de dents ».

Après le pire, quel est votre ou quels sont vos meilleurs souvenirs ?
Alors là ils sont nombreux. Le premier peut être a été la construction du nouveau siège de la FIM en 1994. A l’époque, la FIM était domiciliée à Chambésy dans une villa de la banlieue de Genève. Construire et posséder notre propre siège administratif était très important et j’ai eu la chance de participer à cette belle aventure. Ensuite, la FIM s’est intéressée à d’autres thématiques que le sport tels que, les affaires publiques, la sécurité routière. J’ai également été impliqué dans la prise de conscience que la FIM avait des responsabilités sociales et devait se soucier de l’environnement. C’est ainsi que sont nées la Commission des Affaires publiques et celle de l’Environnement. Puis ce fut la création de la Commission Femmes et Motocyclisme. C’est une problématique qui me tient beaucoup à cœur. Nous ne pouvions plus ignorer l’autre moitié du monde il était nécessaire que notre sport ne soit plus exclusivement masculin !. Sans compter que les femmes représentent un marché important pour l’industrie.

Dans un autre registre, avec l’arrivée de Vito Ippolito à la présidence, la création d’une nouvelle identité visuelle pour la FIM et l’adoption d’un nouveau logo pour la FIM en 2007 a été une étape importante. C’était dire au monde que la FIM change et ce nouveau logo est le symbole, la matérialisation de cette évolution. Cette évolution s’est poursuivie par la création d’un département pour gérer elle-même son propre marketing et aussi sa communication.

Un autre moment positif : en juin 2007, le Conseil de Direction décidait d’initier un processus de planification stratégique. C’était la première fois en cent ans d’existence que la FIM décidait, avec l’ensemble de ses membres et partenaires, de se poser des questions sur sa mission, ses valeurs, son avenir, sur ses objectifs futurs.

Ma dernière satisfaction est l’aboutissement de ce plan stratégique à Macau en octobre 2010 avec l’adoption des nouveaux statuts et surtout la mise en place d’une nouvelle gouvernance. Il y a maintenant des rôles et des fonctions clairement définis pour les individus et les organes. Et une séparation claire entre l’opérationnel (l’administration, y compris les commissions) et la gouvernances (le Conseil et l’Assemblée). L’un n’interfère pas dans l’autre.

Aujourd’hui vous décidez de prendre votre retraite par anticipation pourquoi ?
Je pense que 33 ans dont 30 comme DG c’est beaucoup. J’ai apporté à la FIM un certain nombre d’innovations et je pense qu’aujourd’hui c’est un peu comme un fusée à étages, le premier donne l’impulsion puis à d’autres, plus jeunes, de prendre le relais. Moi j’ai fait mon temps…

Comment imaginez-vous la FIM de demain, comment serait la FIM de vos rêves ?
Je l’imagine très semblable mais aussi très différente. Je l’imagine consciente des menaces qui pèsent sur elle, elles sont nombreuses, nous en avons cité quelques une précédemment. Une FIM qui prend les problèmes à bras le corps et qui apporte les solutions appropriées. Il faut faire plus et mieux pour la sécurité, pour limiter le niveau sonore, pour l’environnement, pour les femmes, pour les motocyclistes sur la route. La FIM a un bel avenir devant elle et beaucoup de projets ambitieux à mener. Nous avons un sport formidable, il y aura toujours un danger mais pas plus que certains autres sports. La FIM doit continuer de s’impose comme un arbitre légitime de tous ces intérêts et ces forces en présence.

Sur le plan personnel, vous devez avoir des projets qui vous tardent de réaliser, pouvez-vous nous en parler ?
J’ai consacré beaucoup de ma vie privée pour mener à bien ma carrière et aujourd’hui j’ai vraiment envie de me consacrer à ma famille et à des projets personnels. Je voudrais pouvoir voyager dans d’autres conditions, prendre le temps de voir du pays. Il y a des pays que j’ai survolé et que je voudrais découvrir comme la Birmanie, l’Inde et aussi certain pays d’Amérique Latine. Je pense aussi faire du bénévolat pour des causes qui me tiennent à cœur. Au niveau sportif je me suis mis au golf récemment. C’est un sport chronophage mais que je pourrai aussi pratiquer avec mon épouse.

Si je vous demande en une phrase le message que vous souhaitez laisser aux membres de la FIM pour le futur ?
Unis, nous sommes forts, divisés nous sommes vulnérables. Gardons la famille FIM unie !

Bio
Mr Guy Maitre est de nationalité suisse. Né le 31 mars 1950, marié, deux enfants.

  • Licence en Sciences Politiques, Université de Genève, Suisse (1978).
  • Langues: français, anglais, portugais, italien, espagnol, allemand
  • Entre à la FIM en décembre 1978.
  • Nommé Secrétaire Général FIM en 1981.
  • Nommé Directeur Général FIM en 1998.
  • Nommé Membre d'Honneur de la Fédération Motocycliste Suisse (FMS) en 2004.

Légendes photos de haut en bas :

Nicolas Rodil del Valle, Président FIM & Guy Maitre in 1979

Vito Ippolito, Président FIM & Guy Maitre in 2011

Guy Maitre et le Staff FIM pendant le ' Gala Ceremony' FIM en 2011

Propos recueillis par Isabelle Larivière

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