La FICM - Fédération Internationale des Clubs Motocyclistes – a été fondée officiellement en décembre 1904. Mais les débuts sont difficiles, et il faut attendre 1912 et la reformation de la FICM en novembre à Londres pour que cette fois les choses se mettent à bouger. Suite à la suggestion du Vice-Président de l’Auto-Cycle Union, Mr J. Nisbett, les délégués se mettent d’accord sur la promotion d’une manifestation internationale motocycliste qui serait réalisée sous l’égide de la FICM. Il s’agit en l’occurrence d’une compétition d’endurance (traduction de « reliability ») basée sur la résistance des machines construites à l’époque – bien loin de ce qui peut exister aujourd’hui, on s’en doute – et aux conditions d’utilisation. Le goudron notamment était encore très rare. Selon le rapport de la réunion de décembre 1912 à Paris, sur suggestion de M. Etienne Boileau (français, mais travaillant à l’ACU), l’ACU est chargée d’organiser cette manifestation et d’en rédiger le règlement – ce qui est déjà fait : il a suffi de reprendre une épreuve et un règlement existants puisque ces fameux six jours d’endurance existent : ce sont les « Six Days Reliability Trial » qui sont disputés en Grande-Bretagne depuis 1903, année de la fondation de la Fédération britannique, l’Auto-Cycle Council – qui deviendra l’Auto-Cycle Union en novembre 1907.
Sur le programme de ces Six Jours de 1913, il a suffi de rajouter les mots « auxquelles est incorporé la Première Epreuve Internationale de Tourisme» au titre de la manifestation, ainsi que la phrase suivante juste en dessous : « suivant les règles de classements de la Fédération Internationale des Clubs Motocyclistes et les règles de compétition ouverte de l’ACU ».
Voici quelques extraits de ce qui est le premier règlement sportif de l’histoire de la FIM, qui a reçu des amendements lors de la séance du 25 octobre 1913 à l’Automobile Club de France à Paris:
« On appelle Motocyclette un véhicule formé d’un cadre, de deux roues et d’un appareil moteur. Tout véhicule à plus deux roues et pesant, sans huile, ni carburant ni eau, moins de 300 kg, est appelé Motocycle. Les classes et catégories des Motocyclettes et Motocycles reconnus officiellement par la FICM sont les suivantes (cylindrée maximum, poids minimum sans huile ni essence).
Première classe: 250cc – 40 kg ; 350cc – 50 kg ; 500cc – 60 kg ; 750cc – 70 kg ; 1000cc – 80 kg (un diamètre minimum des pneumatiques est établi pour chaque classe).
Deuxième classe, Motocycles avec sidecars: 350cc – 80 kg ; 500cc – 100 kg ; 750cc – 110 kg ; 1000cc – 120 kg. Embrayage obligatoire pour tous les véhicules de la Deuxième Classe.
Troisième classe, Cyclecars : tous véhicules à trois ou quatre roues autres que Motocycles avec sidecars pouvant emmener une ou deux personnes, poids maximum de 300 kg (sans liquide): 750cc – 150 kg ; 1100cc – 175 kg.
Embrayage et changement de vitesse obligatoires pour tous les véhicules de la Troisième classe.
Le poids minimum de chaque conducteur ou voyageur est de 60 kg ; ce poids peut être complété par du lest. »
Concernant l’équipement, « pour les courses, les Motocyclettes doivent être munies comme suit ; 2 freins indépendants, 1 sacoche à outils, garde-boue efficaces d’une largeur débordant le pneumatique de 10 mm de chaque côté et couvrant 120 degrés au moins de la circonférence pour la roue avant et 180 degrés au moins de la circonférence pour la roue arrière, 1 selle ou siège, 1 pied-support, un silencieux efficace - l’échappement libre est autorisé lors des épreuves de vitesse et il ne doit pas soulever de poussière. L’échappement libre par la paroi du cylindre est interdit. Pour les épreuves d’endurance, les motocyclettes doivent être de véritables machines de tourisme, équipées en touriste ( !). Elles doivent être munies des accessoires indiqués ci-dessus et comporter en plus: un porte-bagage d’un poids minimum de 800 gr., dont la platforme ( !) présente une surface utile de 600 cm2 au minimum; un ou plusieurs réservoirs d’essence d’une contenance minimum totale de 5 litres; un ou plusieurs réservoirs d’huile d’une contenance minimum d’un litre ». Pour les sidecars et cyclecars, les différences sont : un siège pour le voyageur; le garde-boue de la roue arrière doit couvrir au moins 120 degrés de la circonférence de la roue arrière.
L’itinéraire doit être publié au moins un mois à l’avance, avec les détails (côtes, autres difficultés), et communiqués également aux concurrents; les contrôles doivent être indiqués par des banderoles suspendues au-dessus de la route. Les dates - arrêtées depuis longtemps - sont du 18 au 23 août 1913, et le lieu est le district des Lacs près de Carlisle (nord de l’Angleterre).
La participation d’équipes étrangères était évidemment nécessaire pour que le caractère international soit respecté ainsi que la crédibilité de la FICM elle-même – ce qui était beaucoup moins simple à l’époque qu’aujourd’hui. Le règlement prévoyait des couleurs différentes pour chaque pays participant et les onze pays membres de la FICM (dont les Etats-Unis et le Canada) figuraient sur la liste. En fait une seule équipe est venue pour cette première épreuve FICM, la France. Le programme des premiers Six Jours fait état des inscriptions suivantes:
- France – équipe participant sous les couleurs bleues. Inscription: Union Motocycliste de France.
M. Guilloreau sur Clément Gladiator 350cc, bicylindre, 2,75 CV
M. Gabriel sur Clément Gladiator 498cc, bicylindre, 4 CV
MM. Bourbeau et Devaux sur Bedelia Cyclecar de 1100cc, bicylindre, 8 CV
- Grande-Bretagne – équipe participant sous les couleurs vertes. Inscription: the Auto-Cycle Union
W.B. Gibb, sur une Douglas 350cc, bicylindre, 2,75 CV
W.B. Little, sur une Premier 499cc, monocylindre, 3,5 CV
C.R. Collier, sur une Matchless avec sidecar, 964cc, bicylindre, 8 CV
Les membres de l’équipe française ont dû abandonner très rapidement la compétition. L’équipe britannnique reçoit le Trophée permanent en argent offert par le « British Cycle & Motor Cycle Manufacturers & Traders Union Ltd ». W.B. Gibb et Charlie Collier remportent également une médaille d’or.
Beaucoup de gens ont considéré le parcours comme très difficile, même préjudiciable à l’intérêt des constructeurs engagés, les difficultés exagérées du terrain choisi ayant eu une influence négative sur les performances. Avec des véhicules de l’époque pouvant peser jusqu’à 300 kg, un parcours de montagne avec un chemin à peine tracé devait être difficile. La presse a qualifié le parcours du premier jour comme très difficile, mais un jeu d’enfant comparé à celui du deuxième jour…
Il y a 162 inscrits au total (dont un n’a pas pris le départ) - tous Britanniques disputant cette épreuve bien connue, sauf pour les Français. 51 ont remporté une médaille d’Or, 21 une médaille d’argent et 27 une médaille de bronze. 62 ont abandonné. Les éditions suivantes, à partir de 1920, suivant les règles d’une épreuve internationale FICM, auront beaucoup moins de participants et le même faible nombre de pays pendant plusieurs années…
Par Marc Pétrier
Légendes:
1:
Carlisle et le District des Lacs, dans le nord de l’Angleterre, ont accueilli les premiers Six Jours Internationaux de Régularité au mois d’août 1913. C’est la première manifestation officielle de l’histoire de la FICM, mais c’est la 11ème manifestation des Six Jours de Régularité organisée en Grande-Bretagne. La première a eu lieu en 1903 – année de la fondation de la fédération britannique.
2:
Charles Collier (à gauche) est le fondateur de la fabrique Matchless avec son frère Harry. Il est membre de l’équipe britannique qui a pris part aux Six Jours de 1913 au guidon d’une Matchless bicylindre de 964cc équipée d’un sidecar.
3:
Le programme officiel des Six Jours Internationaux de Régularité avec les conditions générales de la manifestation, le règlement préliminaire et le règlement définitif – appelé aujourd’hui le règlement particulier.
4:
En dehors des engagements individuels – tous des pilotes britanniques – deux équipes ont disputé la partie internationale de la manifestation, la France et la Grande-Bretagne, avec trois membres dans chaque équipe (avec deux motocyclettes et un sidecar ou cyclecar).
5:
Le premier Trophée des ISDT, en argent massif, haut de 90 centimètres et pesant 18 kilos, a été offert comme trophée permanent pour la compétition entre les membres constituants de la FICM par le « British Cycle & Motor Cycle Manufacturers & Traders’ Union Limited ». Ce trophée a disparu en 1939 à la fin des Six Jours qui se déroulaient à Salzburg.
Photos: Archives FIM /Coll. C. Lavery
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Six Jours d’Endurance 1913 – la première épreuve
