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Martine de Cortanze raconte son Dakar


Légende du motocyclisme féminin, Martine de Cortanze répond en exclusivité à FIM-live.com non seulement sur son rôle de pionnière dans le Dakar, mais aussi sur sa passion de la moto et sur la manière dont elle voit les choses aujourd'hui.

Martine a débuté les sports mécaniques en auto entre 1968 et 1972 avant d'être l'une des premières femmes en enduro, entre 1975 et 1979. Elle a couru la Croisière verte en 1978 et 1979, puis les premiers Dakar entre 1978 et 1981, prenant la 11e place au scratch.

Mais la moto ne représente que l'une de ses nombreuses vies. De 1984 à 1988, elle s'adonnait à la course motonautique, entre autres. Journaliste de formation, elle a aussi écrit sur ses passions, notamment “Une fille dans le désert” en 1980 ou “Les Raids” en 1982. En 1988, Martine prenait part à des vols paraboliques au centre spatial de la NASA à Houston, avec le spationaute Patrick Baudry.

On vous appelle la reine du sable, de l'eau et de l'espace. Qu'est-ce que cela signifie ?
En 1968, j'ai commencé en rallye et de temps en temps, pour le plaisir, je prenais la moto de mon copain pour aller rouler en forêt et un jour j'ai décidé de prendre des leçons de pilotage pour m'amuser! Après cela, un groupe d'amis m'a emmenée sur une course d'enduro. C'est alors que j'ai vu une sorte de démon surgir de la forêt par un sentier. Il y avait de la fumée, du bruit, vraiment beaucoup de bruit et soudainement, il s'est arrêté pendant quelques minutes. Il m'a montré sa carte avant de repartir dans le même fracas. Ce fut une sorte de révélation pour moi et je me suis dit : "super, c'est vraiment cool. C'est ce que je veux faire !" C'était en fait mon premier contact avec des motos de course. Après cela, je me suis achetée une moto et j'ai commencé à pratiquer l'enduro, avec de petites ambitions qui n'ont cessé de grandir. J'étais la seule femme parmi des centaines de garçons qui me regardaient pour la plupart avec un sourire. Au début je n'ai pas eu beaucoup de bons résultats, puis j'ai commencé à progresser.

Un jour, un des mes amis, Thierry Sabine a lancé le Paris-Dakar. J'ai pensé que c'était quelque chose de bien, mais en même temps j'avais un peu peur. Nous n'étions que six femmes à prendre le départ. Les autres avaient beaucoup plus d'expérience de la moto mais ne pratiquaient pas l'enduro ce qui fait que nous étions à peu près au même niveau. Par chance, une de mes connaissances était à la tête du département compétition chez Honda et avait une équipe d'usine. Je lui ai demandé s'il n'avait pas une moto pour moi. Il m'a offert une place de troisième pilote dans son équipe. Ce fut clairement ma chance pour prendre un excellent départ. J'ai terminé 11e du classement moto avec 200 à 300 pilotes masculins au départ. Après cela, Jean-Claude Olivier, qui était le responsable Yamaha, a décidé de me prendre dans son équipe.

J'ai poursuivi ma carrière en motocyclisme puis je me suis progressivement intéressée au motonautisme, c'était un sport qui me faisait envie depuis longtemps. J'avais l'habitude de voir des bateaux sur la Seine, s'entraînant dans la banlieue parisienne. Cela a clairement attiré mon attention. Je voulais essayer. On m'a proposé de participer à une course de 24 heures pour les femmes. Voilà comment j'ai quitté la moto pour petit à petit me concentrer sur le motonautisme. Je n'étais pas mauvaise. C'est en fait dans cette discipline que mes performances ce sont rapprochées le plus de celles des hommes.

Qu'est-ce que vous retenez d'avoir couru dans autant de discipline face aux garçons justement ?
 Je n'avais qu'un seul sentiment, c'était ce que je voulais faire. Être une femme m'importait peu au milieu de tous ces garçons. Il ne me faisait pas peur. En enduro, j'étais très timide, mais rapide. J'ai réussi à progresser étape par étape et je pense que j'ai obtenu le respect en tant que pilote, ce qui était mon objectif principal.

Quels sont vos souvenirs de votre première compétition motocycliste ?
Je m'en souviens très bien. C'était un enduro. Malheureusement, j'avais acheté une moto de Trial qui n'était absolument pas adaptée pour un usage dans la campagne. C'était l'hiver, il faisait froid, et je me souviens que c'était la saison de la chasse en France. Je suis tombée et j'ai complétement tordu le guidon de la moto quand deux chasseurs se sont approchés de moi et ont dit : "Tiens, une fille ! Qu'est-ce que tu fais ici ?" Après cette expérience, j'ai décidé de piloter des motos plus adaptées à l'enduro.

Quels souvenirs de votre première victoire ?

Ma première victoire, c'était sur le Paris-Dakar. Quand j'ai remporté le classement féminin et que j'étais 11e au scratch.

Qu'est-ce qui vous a donné cette envie de piloter ?
J'ai toujours aimé le motocyclisme. Pour moi, c'était comme une sorte de ballet. Mon corps et la moto, toujours en harmonie ; c'était un peu comme de la danse. J'ai adoré piloter des motos d'enduro. Je pense que c'était discipline me convenait bien. Je n'ai pas le sentiment que j'aurais été en mesure de piloter dans des disciplines de vitesse.

Qu'est-ce que vous auriez fait, si vous n'aviez pas été pilote moto ?
J'ai pratiqué d'autres sports comme le ski nautique et le karaté, et j'ai adoré. J'aurais aussi aimé monter à cheval. Je pense au fond de moi que cet amour pour la moto est en rapport avec l'équitation et le rallye tout terrain. J'ai toujours comparé la moto à un cheval sauf qu'un cheval ne foncerait pas dans les arbres alors que la moto peut vous y conduire directement... Contrairement au cheval qui a quatre pattes très stables la moto n'en a que deux et il faut la contrôler!

Est-ce que votre avenir pourrait être en relation avec le motocyclisme ?
Lorsque j'ai arrêté de courir, j'ai travaillé pour le Comité olympique français. Pour moi, c'était une manière de rendre au sport une partie de ce qu'il m'a apporté. Quand j'ai arrêté ma carrière, je me suis remise à étudier et aujourd'hui je travaille pour devenir entraîneur. Cela pourrait être un autre moyen pour moi de rendre sport ce qu'il m'a donné. 

Qu'est-ce que vous diriez aux femmes qui participent à des disciplines sportives avec des hommes ?
N'ayez aucune inhibition, aucun complexe. Suivez votre motivation. Ne vous comparez pas à quiconque, juste à vous-même. Si vous voulez le faire, alors faites-le. Le terrain que nous prenons aux hommes, ce n'est pas quelque chose que nous leur volons.

Propos recueillis par la FIM

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