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Les débuts du Trial


Entre le premier « Scottish Six Days Trial » en 1909 et le premier Championnat d’Europe de Trial en 1967, il se passe près de 60 ans. Le Trial est le sport qui a mis le plus de temps à se développer et à sortir de son lieu de naissance, la Grande-Bretagne, ou plus particulièrement l’Ecosse. En fait un rôle essentiel dans le développement de ce sport  -et aussi dans sa lenteur à atteindre d’autres pays – est l’importance prise progressivement par les Six Jours d’Ecosse, épreuve devenue traditionnelle. A l’origine, il s’agit toutefois d’une épreuve d’endurance, comme les Six Jours organisés par l’ACU. Le premier nom est d’ailleurs « Scottish Six Days Reliability Trials »et l’organisateur est d’abord le Edinburgh Motor Club, puis dès 1911 le Edinburgh & District Motor Club. Les pilotes doivent affronter de la même manière des terrains relativement difficiles et accidentés avec des machines qui à l’époque sont lourdes, peu puissantes, équipées de pneus et de suspensions bien loin de ce que nous connaissons aujourd’hui (ou même pas de suspension du tout, notamment à l’arrière).

Aujourd’hui, lorsqu’on parle de « Trial » (en anglais et en français), il s’agit en fait de ce qu’on appelle à partir des années 30 « observed trials », puisque le mot Trial employé seul signifie (outre « jugement, procès ») « essai, test, épreuve ». La distinction entre « Observed Trials » et « Reliability Trials », entre d’autres termes entre les Six Jours d’Endurance (ou de Régularité) et les Six Jours d’Ecosse, n’est apparue que très progressivement, au fil du temps. Les Six Jours de Régularité, existant depuis 1903 et devenus « internationaux » en 1913, privilégient eux les notions de fiabilité de la machine (et de son pilote). Les Six Jours d’Ecosse n’étaient donc pas différents, le parcours à l’origine était tout aussi difficile (pour l’époque en tout cas), à parcourir dans un temps donné. Ils se sont développés comme une épreuve locale, alors que les ISDT ont gagné un statut international dès 1913 et ont eu leur première « sortie » sur le continent dès 1920 – six ans plus tard que prévu, pour cause de Première Guerre Mondiale.

En Ecosse, l’évolution devient peu à peu différente. On introduit des obstacles à franchir, des parcours à effectuer dans un temps donné, et finalement l’interdiction de toute aide au pilote, en particulier de mettre le pied à terre, est définitivement adoptée en 1931. Cela donne donc naissance aux vrais « Observed Trials», sanctionnés par des points de pénalité en cas de faute.

Pourtant, même avec ces différences, bien des pilotes prennent part aux deux compétitions. Hugh Viney, pour ne citer que l’un des pilotes les plus connus, apparaît sur les tablettes de la FIM comme membre de l’équipe britannique vainqueur des Six Jours de Régularité (Trophée) de 1948 à 1951, puis en 1953, alors qu’il est connu des spécialistes comme un grand pilote de Trial, triple vainqueur des Six Jours d’Ecosse en 47, 48 et 49, au guidon de son AJS 350cc.

Le Trial « observé » n’a réellement commencé à pénétrer sur le continent qu’après la deuxième guerre mondiale. Les premiers championnats nationaux hors du Royaume-Uni sont apparus dans les années 50 : Pays-Bas, Belgique, puis France, Allemagne, Suède, Suisse, puis l’Espagne dans les années 60 – où la nouvelle industrie du Trial explosera en quelques années, suivie par les Italiens et les Japonais, balayant l’industrie britannique.

Il faut également préciser qu’il y a très peu, voire aucune mention de pilotes étrangers participant aux Six Jours d’Ecosse avant les années 50, et il faudra attendre 1980 pour voir le premier pilote non britannique, le finlandais Yrjo Vesterinen, sur la plus haute marche du podium. Plusieurs pilotes britanniques ont contribué au développement du Trial sur le continent, entre autres Don Smith et Sammy Miller, ainsi que l’aide d’un Vice-Président FIM, le belge Henry Groutars durant les années 50. Comme les « Trials observés » se développent vite, l’idée apparaît d’organiser un tournoi réunissant les meilleurs pilotes internationaux. Cette compétition est mise en place à partir de 1963, et recevra le nom de Trophée Henry Groutars en hommage au Vice-Président décédé en 1959. Don Smith, Sammy Miller et l’allemand Gustav Franke seront les principaux animateurs de ce Trial de la première génération – par équipe en 1963, avec une surprenante victoire des Belges, puis individuel pour ne pas concurrencer les Six Jours de Régularité. Don Smith gagne en 1964, au guidon d’une Greeves, suivi de l’allemand Gustav Franke en 1965 sur Zündapp, et à nouveau en 1966 (devant Smith et Miller). Don Smith remporte le dernier trophée en 1967 devant Franke.

La décision de passer à un Championnat d’Europe est prise au Congrès de Varsovie en octobre 1966. Le Challenge Henry Groutars a obtenu un certain succès, si bien qu’il est temps de passer la vitesse supérieure, c’est-à-dire d’organiser un « vrai » Championnat de Trial. La proposition est faite depuis plusieurs années par la Fédération belge mais la FIM retarde la décision jusqu’à l’automne 66. Les Six Jours Internationaux de Régularité furent alors considérés comme un Championnat du Monde par équipes, ce qu’ils n’étaient pas jusqu’alors, du moins officiellement. Un projet de règlement présenté par la Fédération Tchèque était à l’époque à l’étude. La solution pour la régularité sera prise au printemps 1967 en créant un Championnat d’Europe des Deux Jours de Régularité. Les deux Championnats d’Europe, Trial et Régularité, commencent donc en même temps, mais c’est justement à partir de là que s’arrête la comparaison. La distinction entre les deux est officiellement et définitivement établie.

Le premier Championnat Européen de Trial doit commencer en automne 67 et terminer en avril 68 : le Trial sera un sport disputé sur la période hivernale – jusqu’en 1970-71. Dès 1972 il commencera en janvier pour se terminer fin août…

Cinq manifestations comptent pour ce premier championnat (les trois meilleurs résultats sont pris en compte). La première épreuve a lieu en Suisse, à Oberiberg le 1er octobre 67. Sammy Miller, au guidon d’une Bultaco, qui domine le trial depuis près de dix ans, après des incursions en régularité et en vitesse, remporte la compétition avec 11 points perdus, devant Bill Wilkinson (Greeves) avec 31 points, Don Smith (Bultaco, 33 points), Gustav Franke (Zündapp, 36), le français Christian Rayer et le belge Jean Crosset avec 46 points chacun.

La deuxième étape se déroule à Kronach, en Allemagne, le 22 octobre et Sammy Miller, gagne à nouveau devant Gustav Franke, Bill Wilkinson et Gordon Farley (Montesa). Puis on passe en 1968, le 21 janvier, à Dison, en Belgique. Sammy Miller est intouchable, il termine avec 14 points, devant Peter Gaunt (22), Gordon Farley (24) et Gustav Franke (27). Le 12 février l’épreuve française à lieu à Clamart, en banlieue parisienne, et une nouvelle fois Sammy Miller fait une démonstration sur sa Bultaco, laissant derrière lui Gordon Farley, Bill Wilkinson, Christian Rayer et Gustav Franke. Enfin, la dernière épreuve à Ashford (Grande-Bretagne) consacre Sammy Miller, devant Gustav Franke, D.J. Weller et Gordon Farley.

Toutes les manches sont donc remportés par un seul pilote : Sammy Miller. Gustav Franke finit deuxième, devant Bill Wilkinson, Gordon Farley, Peter Gaunt et Don Smith. Des pilotes de neuf pays ont participé à ce premier championnat d’Europe (moyenne de 40 pilotes inscrits par épreuve).

En 68-69, Don Smith (Montesa) succédera à Sammy Miller qui reprendra sa couronne en 69-70, avant que l’on entre dans l’ère Mick Andrews. Les Anglais forment la grande majorité du paddock à l’époque. Cela ne commencera à bouger qu’à partir de 1976 et d’un certain Yrjo Vesterinen…

Marc Pétrier

Photos : Don Morley

1:
Hugh Viney lors du « Scottish Six Days Trial » de 1955. Il remporta des competitions aussi bien en Trial (SSDT) qu’en Régularité (ISDT) entre 1947 et 1955.

2:
Sammy Miller fut un pilote de pointe en Trial depuis le début des années 50 jusqu’au début des années 70 d’abord au guidon d’une Ariel 500cc, ensuite sur la célèbre Bultaco deux temps créée dans les années 60. Il remporta cinq fois les Six Jours d’Ecosse de Trial, et deux fois le championnat d’Europe de Trial. Il gagna également neuf médailles d’or aux Six Jours de Régularité et conquit les places sur le podium en Grands Prix de Courses sur Route 125cc et 250cc. Une performance unique en sport motocycliste.

3:
Parmi de nombreuses victoires, Don Smith remporta le Trophée Henry Groutars en 1964 rz 1967 au guidon d’une Greeves, et ensuite le Championnat d’Europe en 68-69. Une légende du Trial.

4:
Bill Wilkinson (Greeves) figure parmi les meilleurs pilotes de Trial des années 60 – ici lors du Trial national « West of England » en 1964. IL termine deux fois deuxième derrière Sammy Miller lors du premier Championnat d’Europe de Trial. Il gagne les Six Jours d’Ecosse de Trial en 1969, la dernière victoire d’une machine fabriquée en Grande-Bretagne.

5:
Gordon Farley (ici lors des SSDT de 1969) était un adversaire de Sammy Miller, Bill Wilkinson, Don Smith et Gustav Franke dans les épreuves de Trial à la fin des années 60. Son meilleur résultat lors du Championnat 67-68 fut une seconde place en France.

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