Pour présenter ses hommages à l’Empty Quarter et le quitter dignement, la spéciale du jour a été dessinée au sud de Shaybah, pour aller chercher un beau tas de sable où les dunes s’enchaînent à nouveau à perte de vue.
Sur ce dernier test de franchissement, mixé avec un retour sur des pistes en gravier en fin de parcours, Kevin Benavides a fait parler son sens de l’adaptation et du timing pour revenir dans le sprint final le plus serré de l’histoire du Dakar.
Il aurait fallu qu’Alfred Hitchcock, Martin Scorsese, Agatha Christie et Quentin Tarantino se réunissent pour accoucher du scénario à suspense qui a été écrit sur l’étape de Shaybah à la veille de l’arrivée finale du Dakar.
Kevin Benavides et Toby Price en ont été les auteurs, sans calcul ni stratégie, uniquement à la force des bras, des déhanchements indispensables pour surfer sur les dunes… et « poignée dans le coin » dès que possible.
Sur le chemin de la 7e victoire d’étape de sa carrière, le pilote de Salta a stoppé son effort en arrivant sur l’accident de son coéquipier Matthias Walkner, mais s’est pourtant relancé à l’assaut de son autre collègue chez KTM, Toby Price, qu’il place dans une position ultra-inconfortable à 136 kilomètres de la ligne d’arrivée finale.
Au verdict de l’étape d’Al-Hofuf, l’Australien domine le classement général avec 12’’ d’avance sur Kevin Benavides, du jamais vu à ce stade du rallye. Après environ 3 900 kilomètres de chrono, voilà un écart qui représente à peine 300 mètres, une distance que l’un et l’autre vont surveiller de près dans le final de demain sur la route de Dammam.
Skyler Howes, battu par le duo australo-argentin, n’a pas totalement abdiqué mais les 1’30’’ qui le séparent de Price passent presque pour un gouffre. Surtout, l’ordre de départ particulier de la dernière spéciale, donné dans le sens inverse du classement général, contraindra l’Américain à rouler « en aveugle », avec Benavides puis Price à ses trousses. Deux garçons difficiles à semer !
Ce matin, Toby Price possédait 28 secondes d’avance au général sur Skyler Howes et 2’40’’ sur Kevin Benavides. À son arrivée de la spéciale du jour, longtemps après ses adversaires, l’Argentin avait réussi à inverser la vapeur alors qu’il avait passé 23’10’’ au chevet de Matthias Walkner, son coéquipier et vainqueur du Dakar 2018 qui a quitté le Dakar en hélicoptère.
Dans ce contexte psychologique dont peu de champions réussissent à sortir gagnant, l’aîné des Benavides remportait la spéciale après réintégration de son temps d’arrêt. Il délogeait son frère, annoncé gagnant dans un premier temps avant de recevoir une minute de pénalité pour excès de vitesse, laissant filer un 4e succès sur ce Dakar. À la veille de l’arrivée, le vainqueur du Dakar 2021 n’est plus qu’à 12 secondes de l’Australien, un écart inédit sur le Dakar ! En 2014, Peterhansel était en tête à ce stade de la course pour 26 secondes devant Roma, record balayé.
À moto, il ne faut pas remonter bien loin pour retrouver le plus faible écart entre deux pilotes à la veille de l’arrivée. En 2019, Pablo Quintanilla était parti 1’02’’ derrière… Toby Price, déjà lui. L’Australien avait atteint Lima en vainqueur, pour la deuxième fois de sa carrière après son succès de 2016. Le Chilien sur sa Husqvarna avait fini dans la douleur après une chute mémorable à la réception à plat d’un saut de dune. Demain, hormis une consigne d’équipe du clan autrichien, c’est un sprint de 153 km auquel on devrait assister. Avec peut-être à la clef l’écart le plus serré de l’histoire du Dakar entre le vainqueur et son poursuivant !
La réaction du jour
Adrien Van Beveren : « Ce sera de loin mon meilleur Dakar »
« C’était une vraie journée de dunes. C’était assez piégeux avec cette luminosité pour voir les reliefs. Au début je me suis fait un peu tassé en sautant deux ou trois dunes, donc j’ai calmé le jeu. J’ai quand même attaqué tout ce que je pouvais. La navigation était complexe, il y avait un point où on a tourné un peu pour réussir à le trouver. Je suis satisfait de mon rallye, j’ai donné le max à chaque instant. Les stratégies et les conditions de course font que ce sera compliqué de concrétiser un rêve, mais j’ai fait un rallye hyper solide. Ce sera de loin mon meilleur Dakar. Et il reste une étape demain, rien n’est fini tant qu’on n’a pas passé la ligne d’arrivée. On va attaquer jusqu’au bout. »
ASO
